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Leadership, Bullshit! En finir avec une approche erronée du Leadership

Lorsque j’organise des ateliers sur le Leadership dans différentes organisations, une des premières questions que je pose est: citez-moi un leader célèbre?

Bien souvent, même en 2020, les participants me citent avant tout des hommes et, parmi cette longue liste de messieurs, des leaders, souvent autoritaires, à défaut très charismatiques ou ayant occupé des fonctions institutionnelles importantes.


Du coup je m’interroge…


Lorsque je scroll sur les réseaux sociaux, je vois énormément de promotions pour des formations pour “affirmer” son leadership, pour “devenir” un leader, pour “tirer les avantages” de son leadership, sans compter les 7, 9 ou 12 étapes pour devenir un leader à succès.

Du coup je m’interroge…


Et parfois, au fil de mes discussions à diverses occasions, des questions que l’on me pose, des échanges que je peux avoir au sein des différentes communautés dans lesquelles je suis actif, je vois que bien souvent la question de la transmission, du transfert de leadership, du passage de témoin ou de relais et de la nécessité, surtout, d’attendre “le bon moment” pour passer la main, de justifier la continuité, la persistence, le contrôle.


Du coup je m’interroge…


Je m’interroge sur la vision que beaucoup ont encore du leadership. Car ces questions, situations et approches interviennent à une époque où les termes “inclusion”, “diversité” et “horizontalité” sont très courants. Elles interviennent à une époque ou toute situation de travail devient “co-”: co-construction, co-développement…


Du coup, alors que de nombreux courants de pensée et d’action incitent à une approche plus partagée du pouvoir, du leadership, de la gouvernance, je m’interroge sur la persistance d’une vision du leadership qui ne semble pas répondre à ces nouvelles demandes, à ces nouvelles mentalités.


Cette dichotomie, cette ambivalence presque schizophrène de notre vision du leadership est commune dans l’ensemble du monde: des mouvements sans leaders hong-kongais, chiliens ou libanais gagnent en puissance alors que des leaders de plus en plus autoritaires semblent avoir le vent en poupe: Etats-Unis, Chine, Russie, Biélorussie, Brésil, Inde, Thaïlande, Myanmar, Hongrie…


Cela dit, en regardant de plus près ces deux courants contraires, on se rend compte que la ligne de fracture s’établie autour d’écarts générationnels: les leaders autoritaires ayant tous un commun un âge certain et un genre unique, quand les mouvements sans leaders sont principalement menés par des jeunes, notamment à Hong Kong, en Thaïlande et au Myanmar, et de natures et vies bien plus diverses.


Et, entre les deux, des leaders, souvent dans le monde de l’entreprise, qui catalyse autant qu’ils antagonisent: rassemblant des foules de “suiveurs” qui se chargent de faire taire toute critique pendant que leur leader, conscient de son influence, tend à en jouer de façon parfois bien maladroite. L’exemple d’Elon Musk en la matière est flagrant.


Comme arrivé à un temps de rupture, notre monde aussi s’interroge: quel leadership est désormais le plus adapté aux challenges de notre temps?

Mais, à mon sens, la vraie question est plus profonde: sommes-nous prêts à sortir de nos habitudes et des modèles de leadership traditionnels, à reconnaître leurs travers et leurs carences, et accepter de considérer, malgré le manque de recul, la pertinence et l’efficacité des nouvelles approches?

Car, si ces nouvelles approches sont plébiscitées par les jeunes générations, celles qui seront en charge du futur de notre espèce et de notre planète, il apparaît logique de leur laisser la main sur les outils et méthodes qui leur paraissent les meilleurs non? Car, en y regardant de plus près, il s’avère que le leadership traditionnel paraît beaucoup, mais n’est pas aussi efficace qu’il veut bien l’admettre


Qu’est-ce qui va distinguer les deux approches?


Les mouvements actuels, en rupture avec les approches traditionnelles du leadership, sont attachés à des éléments qui se détachent de façon claire de la personne du leader.


La clé du leadership de demain est dans l’abandon de l’individualité du leadership et de l’exercice de son pouvoir. Face à un monde de challenges existentiels, le leader individuel en devient en effet ésotérique, lilliputien, presque ridicule.

C’est pour cela que le leadership qui se développe aujourd’hui devient ponctuel, situationnel. Il surgit ci et là au gré du besoin, de la situation. Il est fluide et flexible, détaché. Il va et vient comme le vent. Et comme le vent il est là pour pousser et orienter les autres plus que tout décider, tout centraliser, rigidifier.

Il ne s’agit plus de tenir une position, une posture. Ce n’est qu’une attitude adaptée à un contexte donné, la concrétisation en actions et décisions d’une vision, de valeurs et d’une volonté de s’engager pour sa communauté, pour une cause claire et identifiée. Adieu donc le leadership de position qui, souvent s’accompagnait des symboles extérieurs du pouvoir et de l’influence presque imposée qui venait avec et qui permettaient à certains de continuer à s’imposer, à imposer leurs vues alors même qu’ils avaient perdus toute crédibilité. Aujourd’hui, les leaders vont et viennent au besoin de leur communauté. A l’image de ce qu’avait pu accomplir, en son temps, Martin Luther King.

Le nouveau leadership peut ainsi être présent à tous les échelons, à tous les titres. S’il peut se satisfaire dans une position (managériale), sa diffusion fluide aidera à relâcher les interactions, le besoin de contrôle et apporter confiance et collaboration.

Cela ne risque-t-il pas de créer la confusion dans les organisations et les communautés? Comment peut-on s’organiser si l’on ne sait à qui se référer, qui “donne le la” dans le groupe? Ces questions, récurrentes, sont biaisées en ce qu’elles considèrent la nécessité d’une hiérarchie et d’une individualisation du pouvoir et de la décision.


Faisons un test: tu as très certainement entendu parler de tous ces mouvements de protestation de part le monde. Saurais-tu me citer le nom de ne serait-ce qu’un des leaders de ces mouvements? Cela te sera probablement difficile sans une petite recherche préalable. Pourtant, ils ont réussi à accomplir quelque chose, à avancer, à s’organiser, à résister. Même si tous ne sont pas arrivés à leur objectif final, ils ont réussi à exister.


Ceci démontre bien que le leadership actuel n’est plus une histoire de personne. Le leader n’est plus qu’un vecteur des idées collectives, un moteur temporaire reconnu comme leader pour l’énergie et l’aide qu’il apporte à un moment donné. Il ne s’agit donc plus d’être leader pour être leader. Il s’agit d’être leader pour que la communauté avance. Dès lors ce n’est plus la personne du leader qui compte mais la communauté telle que portée par le leader. Ce dernier s’efface naturellement n’étant là quasiment que pour initier la dynamique, l’aider à s’organiser, être l’étincelle d’une flamme qui le dépassera.


Le “moi”, la nécessité pour le leader de prendre conscience de son rôle, de ses responsabilités, devient un accessoire à une nécessité plus grande: maintenir le mouvement. L’énergie du leader sera focalisée sur la création d’espaces pour sa communauté : espace de parole, espace de croissance et de développement, espaces de collaboration.


Le leader d’aujourd’hui, et ceux de demain, est un individu qui saura identifier le moment venu pour se retirer et laisser la place à quelqu’un qui sera alors plus pertinent, plus efficace. Il s’inscrira dès le départ dans une nécessaire continuité, dans une transmission permanente où son rôle ne sera plus qu’un vague souvenir quand la communauté en elle-même sera vive et présente dans les mémoires et dans le futur.

Du coup à ma question de citer des leaders célèbres, il me tarde aujourd’hui de voir mes participants lutter pour identifier un nom, un visage et à l’inverse me citer des communautés d’actions qui ont profité de la vision et de la dynamique de leaders passagers.


Du coup pendant mes scrolls sur les réseaux sociaux, il me tarde de voir des messages pour comprendre les besoins des autres, du monde, de telle ou telle communauté pour aider les leaders à venir à trouver là où ils seront le plus utiles plutôt que cette chasse permanente à la croissance du “moi”, à la recherche d’une perfection idéale pour devenir un quasi leader-héros, homme (souvent) ou femme providentielle perdu dans une quête interminable et perdue d’avance.


Du coup lors de mes échanges de ci de là, il me tarde d’être interrogé sur la meilleure façon de s’efface discrètement pour laisser sa communauté s’épanouir après son passage, plutôt que d’entendre parler de luttes de pouvoir, de refus de partir…


Le monde d’aujourd’hui ne permet plus (a-t-il seulement permis un jour) à une seule personne de s’imposer, de guider sans peurs et sans reproches, d’avancer impeccablement pour le bien d’une communauté qui suivrait aveuglément, oubliant les travers du leader, se scandalisant des critiques à son encontre…


Les leaders d’aujourd’hui et ceux de demain ne seront ni infaillibles ni prophétiques. Ils seront humains, portés par l’envie de participer, de questionner, d’organiser et, aussi discrètement rapidement que possible, de s’en aller. Ils seront celles et ceux qui inviteront leur communauté à ne pas les suivre aveuglément, à ne pas prendre toutes leurs décisions pour agent comptant mais à s’engager à leurs côtés. Ils seront celles et ceux qui s’épanouiront en voyant les autres devenir de meilleurs leaders qu’eux.


En clair, les leaders d’aujourd’hui et ceux de demain seront très durs à étudier et à réduire à 7, 9 ou 12 étapes de progression. Et c’est tant mieux. Car tout un chacun a les capacités de devenir un leader. La question n’est pas comment, mais pourquoi le devenir?

Car, à la lumière de l’évolution de notre monde, les leaders d’aujourd’hui et de demain seront celles et ceux qui prendront à bras le corps les problèmes de notre temps. Pas les marchands de souvenirs, ni les vendeurs de division.

Il est donc temps de déshabiller le leadership de ses habits d’apparat et de le voir tel qu’il est: un acte de service et de dévouement, la volonté de donner avant de recevoir, de risquer avant de gagner, de se baisser pour élever, de lâcher pour mieux s’attacher.


Hamilton: pourquoi devez-vous dire au revoir? Washington: si je dis au revoir, la nation apprend à aller de l’avant. Elle me survivra quand je ne serai plus Extrait de la comédie musicale Hamilton
"Les gens peuvent me prendre pour une sorte de super-héros, mais c'est différent. Spider-Man et tous ces autres super-héros, ils ont des super pouvoirs et font ce qu'ils veulent pour sauver la ville. Si nous devons sauver Hong Kong, nous ne pouvons pas compter sur des super pouvoirs, nous pouvons simplement compter sur le peuple. Joshua Wong

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