Et si le test de Turing était en fait pour nous, humains?


Alan Turing est devenu célèbre pour avoir été celui qui a permis aux Alliés de déchiffrer les machines de cryptage de l’armée allemande pendant la seconde guerre mondiale.

Il est également connu pour être le père de la science computationnelle et comme le créateur du premier ordinateur.


Moins de gens savent qu’il a lutté toute sa vie et à été discriminé à cause de sa sexualité. Condamné pour homosexualité par un Tribunal britannique pendant les années 50, il s’est suicidé en mangeant une pomme empoisonnée.


Alan Turing a donné son nom également à un test, dit donc « Test de Turing », servant à définir le niveau d’intelligence d’un ordinateur et donc à identifier une « vraie » intelligence artificielle.


Le test est simple : un interlocuteur engage une conversation avec une « personne » présente dans une autre pièce et qu’il ne peut voir. Cette personne peut être soit un ordinateur soit un humain. Le testeur doit dès lors être capable ou non de déterminer s’il parle à une machine ou à un être humain.


Si il n’y arrive pas et que l’interlocuteur dans la pièce est un ordinateur, cela signifie que l’ordinateur a atteint un niveau d’intelligence équivalent à celui des humains et que l’intelligence artificielle est donc une réalité.


Ce test pose beaucoup de questions.


En effet, comment pouvons-nous, d’ores et déjà, définir que les gens avec qui nous conversons au quotidien sont bien des humains. Ce ne sont en effet que les perceptions interprétées par notre cerveau qui associent notre interlocuteur à un humain. Mais enfermés que nous sommes dans notre propre cerveau, le monde n’est en fin de compte qu’une compilation d’hypothèses sur la nature de la réalité.


C’est ainsi que récemment Elon Musk a pu affirmer qu’il pourrait être fort probable que nous vivions dans une simulation informatique sans être capable de nous en rendre compte. D’autres théories telle que celle des hologrammes, encore étudiée au début de l’année 2017, prétendent que nous ne sommes en fait qu’une projection holographique en 3 dimensions d’un univers plat.


Pourquoi toutes ces théories? Encore une fois parce que si l’on ramène toute chose à sa plus simple expression, la réalité que nous percevons au travers de nos sens n’est qu’une explication, une interprétation de notre cerveau et que nous pourrions, sans le savoir, déjà parler à des automates en face de nous.


En complément de cela, se pose la question de l’honnêteté même de l’intelligence artificielle. Si l’on considère que l’intelligence artificielle, dans le cadre du test de Turing, tant à être similaire, voire identique à celle de l’homme, cela veut dire qu’elle pourra prétendre, créer l’illusion, jouer la comédie… En fin de compte, selon quels éléments serons-nous à même de dire que cette personne à qui nous parlons est un ordinateur, un être humain…?

C’est là où finalement, l’histoire personnelle d’Alan Turing vient éclairer d’un autre angle la nature même du test de Turing.


Dans un article précédent, nous faisions état de ce que nous rendait encore très différent, et surement pour longtemps encore, de l’intelligence « technique » des machines : notre empathie, nos émotions, nos capacités à ressentir notre environnement et non seulement à l’analyser au travers de millions de données. Nous sommes une machine biologique ce qui fait que nous serons toujours influencé par nos hormones donc nos émotions…


Notre intelligence n’est donc pas que d’analyser des données (même si l’on pourrait réduire les réactions hormonales et émotionnelles à l’interprétation de données chimiques par notre cerveau) mais un subtil équilibre entre le savoir technique et émotionnel et surtout la compréhension du ressenti de l’autre.


Nous comprenons la souffrance de l’autre parce que nous avons vécu la souffrance. Nous partageons et nous nous réjouissons de son bonheur car nous avons été heureux.


Aussi donc, et sachant ce qu’a dû subir Turing du fait du manque de compassion, d’empathie et de tolérance de ses compatriotes de l’époque, on peut se demander si il n’a pas créé son test pour nous tester nous humains et réussir à maintenir notre différence vis-à-vis des machines?


Car du fait de l’incertitude de la réalité de notre interlocuteur, finalement l’important n’est-il pas toujours de l’appréhender avec compassion? De le traiter avec respect et déférence lorsque l’on s’adresse à lui?


Cette problématique se pose notamment dans le film « Ex Machina », réalisé par Alex Garland en 2014. Dans ce film, le créateur d’une intelligence artificielle aux aspects très humains, se comporte, vis-à-vis de ses créations, en démiurge destructeur et insensible. Le film tourne autour d’un test de Turing et se termine en définitive avec l’intelligence artificielle qui s’inspire du pire de l’être humain pour se libérer de son créateur, au détriment de l’observateur invité pour l’occasion qui se retrouve enfermé à la fin du film.


Ne s’agissait-il pas, au final, pour le créateur de cette machine, de lui montrer empathie et compassion afin de l’orienter vers des choix « humains »? Ne s’agissait-il pas au final, via ce test, de faire de l’intelligence artificielle le reflet de ce qu’il y a de meilleur et de pire au sein de l’humanité? Et que, face à son égotisme envahissant, le créateur, dénué de toute empathie et compassion, a joué avec ses créatures comme il joue avec son invité, lui bien humain mais également victime de la soif de pouvoir et de contrôle du créateur?

Turing, individu discriminé pour ce qu’il était, forcé à se suicider car personne n’arrivait à le considérer comme humain du fait de sa différence, ne nous invite-t-il pas à regarder, au travers de l’intelligence artificielle, la vraie nature de notre humanité?


Depuis plusieurs années, les chercheurs en science comportementale et en ethnologie nous démontrent que les espèces telles que les bonobos, les chiens et l’humain et d’autres se sont auto-domestiquée pour développer des groupes sociaux plus forts et plus efficaces. Ces théories nous apprennent ainsi qu’en mettant de côté nos instincts individualistes et violents nous sommes en mesure, via la compassion et l’empathie, d’avancer plus loin ensemble.


Turing revient nous poser la question fondamentale: qu’est-ce qui fait que nous sommes humains?


Face à une machine qui en apparence nous ressemble mais qui peut présenter des différences physiques telles que cela peut arriver au sein même de l’espèce humaine, quelle réaction souhaitons-nous avoir? Rejet? Intolérance? Mépris? Violence? Ou souhaitons-nous donner à ces machines l’exemple de ce que nous avons de meilleur et finalement nous regarder dans le miroir au travers de ces nouvelles créature qui sont de plus en plus présentes dans notre quotidien?


Repensons le test de Turing au travers de la vie de cet homme extraordinaire et donnons à l’héritage qu’il nous a laissé, les ordinateurs, la compassion qu’il n’a pas eu la chance d’avoir de son vivant.

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