Vers un nouveau monde: réflexions dans un monde post-COVID19 - Une économie résiliente

Updated: Apr 17

(un lien d'accès à l'article en PDF avec les notes de bas de page est disponible en fin d'article).


Au mois de mars 2020 (le jour dépendant du pays), d’un coup ou presque, le monde s’est arrêté. Et tout le monde est resté chez soi.

Comme punis ou rappelés à l’ordre, nous avons été sommés de nous arrêter et avec nous, l’ensemble de nos économies. Subitement.


Presque du jour au lendemain, un à un, les avions ont arrêté de voler, les usines de tourner, les voitures de circuler, les magasins de vendre, les bars de servir, les cinémas d’allumer leurs projecteurs… Ce monde qui, comme beaucoup le disaient, tournait trop vite, a subi un choc qu’aucun d’entre nous n’avait connu auparavant.

Tout ceci du fait d’un organisme microscopique, invisible à l’oeil nu, mais qui à lui seul pouvait submerger nos hôpitaux, faire fermer les écoles, faire peur même au plus courageux.

La dernière pandémie remonte à 1918. La plus virulente d’entre elle, la peste noire (qui tua près d’1 humain sur 10 à l’échelle de la planète), remonte elle aux temps médiévaux. Autant dire, une expérience nouvelle pour 99.9% de la population en 2020.

Bien sûr des crises nous en avons connu d’autres:

  • Le 11 septembre 2001. Son effet s’est ressenti globalement mais tous les secteurs n’ont pas été touché.

  • La crise financière de 2008 qui elle aussi s’est répandue comme une traînée de poudre. Mais celle-ci étant, comme son nom l’indique, principalement financière.


La crise actuelle est sanitaire, humaine, politique (car remettant en cause les politiques publiques de santé et d’économie) et économique.

Alors la question se pose, comme après chaque crise: et après? Est-ce que l’on revient dans le même “business as usual” comme cela a été le cas après la crise de 2008 où, finalement, peu de réformes systémiques ont été mises en place (et aucun grand patron de banque tenu pour responsable)? Est-ce que l’on part dans une réthorique ultra-guerrière pour repartir vers des conquêtes militaro-politico-économiques comme en 2003 avec l’invasion de l’Irak?

Ou bien essayons-nous de réfléchir en profondeur sur les leçons de cette situation.


Comme toute crise majeure, la crise du COVID-19 nous interroge:

  • Nos systèmes actuels sont-ils suffisamment résilient pour repartir et éviter de s’écrouler à la prochaine pandémie?

  • Nos systèmes actuels sont-ils viables sur le long terme ou bien cette crise n’est-elle pas un échec à un stress-test impromptu?

  • Alors que nous avons le temps de nous poser, de lever la tête du guidon, est-ce vraiment ce que nous voulons? Ou ne pouvons-nous pas profiter de l’occasion pour faire du ménage et repartir sur de bonnes bases?


Si vous voulez mon avis:

  • Non

  • Non et oui

  • Non et oui.

Mais vous souhaitez sûrement que j’élabore un peu… Alors voici:


La crise du COVID-19 nous interroge en profondeur sur la relation entre l’argent et le travail. Depuis des siècles, l’humain est habitué à travailler. Et il est habitué également à utiliser l’argent pour échanger des biens et de services. Mais ce n’est que depuis récemment (à l’échelle historique) que la relation inextricable entre travail et rémunération est devenue systémique: à savoir que personne ne peut échapper, ou alors très difficilement, à la nécessité d’avoir un travail (au sens de profession organisée au travers d’une relation contractuelle donnée) pour avoir de l’argent pour survivre.


Dans le passé, les nobles se rémunéraient sur leurs possessions (matérielles, foncières et humaines), les paysans ne vendaient qu’une partie de leur production et utilisaient le reste pour leurs propres besoins. Et beaucoup trouvaient le moyen, au travers du troc ou d’une certaine forme d’autosuffisance, à ne pas nécessiter d’un besoin persistant et permanent d’argent.

Bien sûr, le revers de la médaille est que le confort de vie (en terme de santé, d’espérance de vie, de capacité à ne pas avoir à lutter quotidiennement pour sa survie, d’ouverture sur le monde) en était tout autre.


Cependant, le système actuel n’a pas fourni à tout le monde la capacité à gagner en confort. Vers la fin de la 1ère moitié du XXème siècle, l’économiste Keynes prévoyait que, dans quelques décennies (à savoir maintenant), l’humanité n’aurait plus qu’à travailler 15 heures par semaine pour gagner sa vie correctement!

Nous savons tous que c’est loin d’être le cas. Et pour les 99% d’entre nous (déduisant donc les fameux 1% bien souvent cités par le candidat à l’investiture démocrate américaine Bernie Sanders), il nous faut nous lever le matin pour aller gagner de quoi payer tout ce qu’il faut payer (et parfois plus!).


Certains ont la chance d’avoir une activité qui leur plaît, d’être dans leur “élément”. Certains ont même le loisir d’avoir le choix. D’autres n’ont pas d’autres alternatives que de prendre ce qui vient et de tirer le diable par la queue pour tâcher de joindre les deux bouts.

Nous sommes tous conscients de cette situation depuis longtemps. Mais cette fois, un virus est venu mettre en lumière le bug du système: quand l’économie s’arrête, l’argent ne circule plus et notre survie individuelle est en jeu, nous ramenant à des considérations médiévales.

Mais cette fois, un virus est venu mettre en lumière le bug du système: quand l’économie s’arrête, l’argent ne circule plus et notre survie individuelle est en jeu, nous ramenant à des considérations médiévales.

Chaque crise nous appelle à bâtir notre résilience. Mais comme le disait John Dewey "on n'apprend pas de ses expériences, on apprend en réfléchissant sur son expérience". La résilience se construit si l'on tire les leçons des crises et que l'on crée des systèmes qui tiennent compte des contraintes ou difficultés rencontrées afin de pouvoir les contourner la fois prochaine.


Alors pour aider chacun d’entre nous et nos sociétés en général à construire cette résilience, nous vous proposons ci-dessous quelques réflexions sur comment nous pourrions repenser nos principes et systèmes économiques de façon à tirer les leçons de cette expérience du COVID-19 et en sortir meilleur…


Le besoin pressenti d'un revenu universel

La 1ère leçon que l'on peut tirer de cette crise est donc la nécessité de décoreller, de la façon la plus efficace qui soit, le travail et la rémunération.


On le voit, quand tout s'arrête, l'économie stoppe et les salariés en pâtissent. Ceux qui font partie des activités essentielles continuent à toucher leurs salaires mais, pour les autres, il a fallu, dans de nombreux pays, mettre en place des indemnités, des prises en charge d'une part du salaire...

Mais on aussi assisté, aux Etats-Unis, de façon assez surprenante, à la baisse du salaire de personnels soignants en plein milieu de la crise, décidé par des fonds capitalistiques focalisés sur la rentabilité de leurs investissements plus que sur la situation de leurs salariés.

Il n'est pas nécessaire d'avoir une expérience du monde médical pour se douter que de telles annonces, alors que le personnel est engagé à plein temps sur la gestion de la crise, va nécessairement impacter le travail et l'efficacité du travail.

C'est dans ce contexte qu'il convient de prendre la mesure des prémisses suivantes:

  • A l'époque actuelle, il apparaît difficile d'accepter que, du fait d'une menace invisible, beaucoup d'entre nous (notamment des personnes essentielles bien que souvent dans l'ombre) ne puissent disposer du nécessaire pour maintenir leur survie.

  • S’il existait un filet de sécurité permanent garantissant à chacun un revenu minimal présent à tout instant, les gouvernements n'auraient pas à gratter tous les fonds de tiroirs pour trouver des disponibilités budgétaires pour compenser.


D’où le besoin d’un revenu universel.


La critique la plus évidente à ce stade est de dire que les gouvernements n'ont pas les moyens d'une telle mesure. Il suffit de voir le coût de ces mesures temporaires sur les budgets des différents pays pour se rendre compte du coût total.

A ceci près que le coût actuel et son impact sur le budget s'analyse sans évolution quelconque du cadre fiscal. Or il est évident que s'il était décidé de la mise en place d'un revenu universel, la stratégie fiscale en serait grandement modifiée.


En effet, les entreprises se verraient désengagées d'une partie de la paie de leurs salariés. Cette part pourrait donc être reportée sous la forme de prélèvements fiscaux. Et, comme beaucoup d'économistes le suggèrent, la mise en place de taxes sur les opérations financières ou sur certaines grandes fortunes permettrait de financer assez rapidement un revenu universel.


En complément de ces analyses, il est un mécanisme qui existe en Polynésie française qui pourrait, il me semble, être utilisé pour garantir le revenu universel. Ce mécanisme existe aujourd'hui pour lisser le prix des hydrocarbures.

Si vous ne le savez pas, en Polynésie française, tout le monde paie le même prix à la pompe, prix défini par le gouvernement. Ceci a pour objectif d'éviter de faire supporter aux consommateurs les variations du cours du pétrole. Dès lors, un compte d'affectation spécial dans le budget du pays se voit reverser les recettes d'une taxe prélevée sur le prix à la pompe.

Quand les cours du pétrole sont bas et que le prix à la pompe est maintenu, le différentiel vient remplir les caisses du Fonds de Régulation du Prix des Hydrocarbures (FRPH - le fameux compte d'affectation spécial). Quant les cours sont plus haut que le prix à la pompe, le matelas de réserve constitué vient permettre de garantir le lissage.


Simple effet de vase communiquant.


Appliqué à la crise actuelle, si nous avions une mécanique fiscale organisée de la sorte pour alimenter les besoins de financement du revenu universel, nous serions donc en ce moment en phase de lissage compte tenu de l'arrêt total de l'économie. Et à la reprise, nous pourrions reprendre l'alimentation de ce fonds pour continuer à financer le revenu universel.


Lorsque l'on sait que une grande part de l'économie mondiale était en "bull market" depuis plusieurs années, et que l'on voit l'ensemble des profits records de nombreuses industries depuis un certain temps, il y aurait eu de quoi remplir le fonds. Et sans nécessairement impacter le nécessaire besoin de réinvestissements des profits pour continuer à développer l'innovation.

Lorsque l'on sait que une grande part de l'économie mondiale était en "bull market" depuis plusieurs années, et que l'on voit l'ensemble des profits records de nombreuses industries depuis un certain temps, il y aurait eu de quoi remplir le fonds. Et sans nécessairement impacter le nécessaire besoin de réinvestissements des profits pour continuer à développer l'innovation.

Un point stratégique et vital pour la réussite d’un tel système réside dans l’appellation même. Ce revenu se doit d'être universel, à savoir global. Car nous ne pouvons savoir où frappera la prochaine catastrophe. Et si l’on s’en tient à nos frontières (purement arbitraires et artificielles), on continuera à regarder nos frères et soeurs humains s’empêtrer dans “leurs” crises. Mais dire cela c’est oublier à quel point nous sommes désormais interdépendant et que le coût des catastrophes locales sur l’économie globale est évident. Et de façon plus claire et plus récente: lorsque la Chine est entrée en confinement, c’est à ce moment que l’économie mondiale a commencé à tousser, et non pas quand l’Europe et les Etats-Unis ont été touchés. Ceux-ci n’ont fait qu’amplifier l’impact.


Et quant à dire que le revenu universel pousserait les individus à ne plus vouloir travailler, je vous laisse à la lecture de toutes les expériences réalisées en la matière qui démontre la non validité de cet argument. En cela, le travail réalisé par Rutger Bergman dans son ouvrage "Utopia for realist" permet de facilement faire le point sur la question.

De même, l'ensemble des initiatives de solidarité qui se développent partout dans le monde en ces temps de crise, laisse à démontrer que cet argument ne tient pas nécessairement la route. Ceci alors même que beaucoup sont actuellement sans activité (ni ressources!) depuis quelques temps.

Au pire pourrait-on soutenir que la mise en oeuvre d'un revenu universel permettra de lutter contre les "bullshit jobs". Mais c'est un autre débat…


En tout état de cause, au travers de ce mécanisme de “tampon” absorbant les soubresauts non maîtrisables de notre monde, nous pourrons garantir à chacun une sécurité minimale pour survivre dans un monde en plein changement.

Car, si le COVID-19 est une pandémie comme on en a pas vu depuis un siècle, la science est unanime sur le fait que les évènements majeurs, sanitaires mais surtout climatiques, vont être de plus en plus fréquents. Il faut donc s’attendre à ce que nos économies soient de plus en plus stoppées, que ce soit localement ou globalement, par la nature. Et si nous ne prévoyons pas de quoi permettre à chacun d’absorber le choc, il est évident que le coût final en sera bien plus important que le coût d’un tel revenu universel.


Voici pour la garantie apportée à chaque individu.

Une globalisation localisée

Le changement est dur c’est un fait. Celui que nous traversons en ce moment l’est tout autant. Et, comme évoqué plus haut, nous devons tirer les leçons de cette expérience du changement. Certains diront, il convient d’abandonner entièrement l’économie actuelle et de revenir à des méthodes ancestrales. C’est très certainement une possibilité comme une autre.

Mais entamons une époque nouvelle pour l’espèce humaine, où nous allons être, quasi-quotidiennement, challengé par notre environnement. Une époque jamais vécue auparavant et donc pour laquelle aucune solutions n’a pu être développée, aucune expérience passée ne peut véritablement nous aider. Dès lors il appartient surtout de créer de nouvelles approches, de nouvelles méthodes qui répondront aux défis à venir plus qu’aux envies de passé.

Or lorsque l’on regarde l’évolution humaine de façon plus large, on se rend compte que la globalisation, dans son principe théorique, n’est que l’étape suivante: d’individus à familles à clans à villages à provinces à royaumes à Etats… à monde.

Or lorsque l’on regarde l’évolution humaine de façon plus large, on se rend compte que la globalisation, dans son principe théorique, n’est que l’étape suivante: d’individus à familles à clans à villages à provinces à royaumes à Etats… à monde. Dès lors, il ne s’agit pas d’une erreur (qui implique un jugement moral) mais simplement un constat. Notre espèce tend à devenir de plus en plus global (avant de devenir multiplanète?).


Malheureusement, du fait de la résistance intense des Etats, la globalisation ne s’est pas faite comme elle aurait dû: se faire au niveau humain avant tout. Elle s’est au contraire limitée à une globalisation principalement financière et économique, provoquant la déconnection d’entreprises devenues aussi grandes que des Etats qui se jouent des frontières et surtout des régimes juridiques et qui ont donc pu créer des situations intolérables où l’exploitation des plus faibles dans une zone du monde sert les intérêts des plus riches dans une autre zone du monde.

Mais une autre forme de globalisation s’est mise en place depuis longtemps également: celles des individus qui peuvent voyager, migrer, s’expatrier, s’informer sans frontières et sans limites et évitant ainsi de se retrouver piégés des velléités autoritaires de certains régimes.

Le problème en soi n’est pas la globalisation, mais l’absence de contrôle et surtout de racines à cette globalisation. Lorsque ceux qui produisent au Bangladesh sont payés une misère, c’est parce que ceux qui les emploient sont tellement loin que leurs capacités emphatiques vis-à-vis de ces travailleurs des fameux “sweat shops” du textile par exemple sont excessivement limités.

Nous sommes tous victimes de cette distanciation empathique.


Mais le fait d’avoir une collaboration à l’échelle globale permet également de gagner en capacité de production et en innovation. C’est valable depuis des siècles: l’astronomie arabe et la poudre à canon chinoise ont permis aux Européens de se développer hors de leurs territoires (pour le meilleur et souvent pour le pire).

C’est valable en ces temps de Coronavirus: les usines chinoises désormais relancées servent à la production de masque pour les pays en plein coeur de la pandémie. Les respirateurs utilisés en Europe pourront ensuite être transférés aux USA ou ailleurs pour fournir du stock additionnel.

Et les solutions créées au Pakistan servent les hôpitaux dans les autres pays.


Donc la mondialisation a son intérêt et son utilité. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Résilience ne doit pas être égale à isolationnisme.


Comment réorganiser la mondialisation?

En faisant en sorte que la coopération globale soit mise en oeuvre au niveau local. Si une société souhaite se développer et s’implanter dans un autre Etat, pourquoi l’en empêcher? Et notamment si ses produits et services répondent à une vraie demande, à un vrai besoin de la population locale. En revanche qu’elle profite de différences réglementaire importantes pour exploiter la population locale pour que son marché domestique en bénéficie, c’est là où la situation pose problème.


Pourquoi donc ne pas envisager que les centres de production soient distribués et tournés vers la distribution locale? Apple peut faire produire ses iPhone en Chine pour le marché chinois (ou Asiatique éventuellement) et aux USA pour le marché américain et en Europe de l’est pour le marché européen.

C’est déjà plus ou moins ce qu’il se passe sur le marché automobile où les constructeurs implantent des usines dans différents pays pour construire des modèles spécifiques aux besoins de chaque communauté. Et, finalement, qui se plaint fortement de l’industrie automobile? Bien souvent les critiques au niveau de la globalisation se focalisent sur: les circuits financiers off-shore (de façon absolument légitime), les géants de la distribution (textile ou électronique, là aussi fort légitimement) mais finalement très peu aux entreprises de l’automobile (hormis des scandales terribles sur les normes anti-pollution).


C’est ainsi que Honda produit au Pakistan les voitures pour les pakistanais. Opel (sous le nom Holden) produit en Australie et en Nouvelle-Zélande pour ces marchés spécifiques…


Pourquoi ne pourrait-on envisager que Gap, par exemple, produise au Bangladesh pour les besoins vestimentaires des Bengali? Et au Sénégal pour le marché africain?

On en tirerait très certainement une vraie richesse créatrice car sous couvert d’une même marque on pourrait bénéficier d’une grande diversité de produits.

Il conviendra pour cela que les Etats s’entendent sur l’harmonisation de ces règles commerciales et fiscales afin d’éviter les effets d’aubaine trop souvent constaté. Ce qui appelle à une vraie coopération internationale. Celle-ci est plus que nécessaire

Il conviendra pour cela que les Etats s’entendent sur l’harmonisation de ces règles commerciales et fiscales afin d’éviter les effets d’aubaine trop souvent constaté. Ce qui appelle à une vraie coopération internationale. Celle-ci est plus que nécessaire quand on voit à quoi certains Etats en sont arrivés: se bagarrant sur les tarmacs des aéroports chinois pour bénéficier des dernières livraisons de masques au lieu de chercher à coordonner l’action de façon globale et collaborative pour s’assurer que personne ne manque de rien.


Ainsi donc, c’est en enracinant la globalisation localement et en se focalisation sur le partage des idées, des compétences et des moyens mais en délocalisant les productions au niveau des zones de distribution que l’on sera en mesure de créer une globalisation plus juste et plus adaptée à la problématique climatique (notre téléphone n’aura pas à parcourir 4 continents avant d’arriver dans nos mains).


Cette stratégie n’est évidemment qu’un début et elle vient de pair avec le point évoqué précédemment sur le revenu universel. Et elle doit également s’accompagner des éléments de réflexion évoqué ci-dessous.

Mais elle semble une étape essentielle vers un changement de paradigme où l’on cherche avant tout à satisfaire les besoins immédiats et/ou de proximité avant de chercher à créer du besoin aux quatre coins du monde.


On pourrait cependant aller encore plus loin dans l'imagination de cette globalisation localisée. La crise du COVID-19 nous a montré à quel point des initiatives locales pouvaient se monter au travers de partages d'informations à l'échelle globale. Les imprimantes 3D ont fonctionné à plein régime sur la base de modèles d'impression créés d'un bout à l'autre du monde et partagé via les réseaux sociaux.

Si ces initiatives venaient à être organisées pourquoi ne pas envisager une globalisation décentralisée où le besoin de mégastructures de gestion (c'est à dire les multinationales) laisseraient leur place à des créateurs de concepts qui partageraient leurs idées et leurs process globalement via des plateformes collaboratives.

Ces systèmes pourraient être facilement monétisés (le crowdfunding ou les systèmes de paiement tokénisés pourraient aider à ce titre) pour permettre aux créateurs de vivre de leurs idées et concepts tout en permettant à chacun d'y accéder facilement et localement.


Certes, ces systèmes horizontaux où l'on n'a plus besoin d'un intermédiaire central sont encore à petite échelle et sur la base d'initiative particulière. Mais au lendemain d'une crise qui aura démontré comment certaines organisations de taille massive n'ont pas réussi à faire face, ou en tout cas à faire face honorablement (Amazon a appelé au crowdfunding pour aider ses salariés...), on est en droit de penser que les initiatives globales localisées et décentralisées sauront mieux s'adapter au nouveau contexte de par leur flexibilité et leur rapidité d'organisation.


Et l'on pourrait donc imaginer, à terme, des réseaux de partage dans certains secteurs spécifiques, mettant à disposition, contre une forme de rémunération quelconque, le fruit de leurs recherches, accessibles à tout entrepreneur local souhaitant produire localement.

Certains poseront la question du coût qui pourrait fortement augmenter faute d'économies d’échelles. Allant dès lors à l’inverse de ce que permet aujourd'hui le commerce multinationalisé. Mais du fait de la baisse du coût de production, de nombreux produits aujourd'hui du fait notamment de l'accessibilité de l'automatisation, on peut espérer une compensation de la perte d’échelle.


Et puisqu’on parle d’automatisation…


Une économie automatisée pour un travail libéré

Une des tendances que l'on retrouve beaucoup dans les discussions du moment est l'accélération des processus d'automatisation.

Face à des humains confinés et une économie à l'arrêt, certains vont très certainement chercher à automatiser au maximum les processus productifs pour éviter d'avoir à subir les risques sanitaires propres à l’humain.

On a vu d’ailleurs ci et là des robots utilisés pour accéder aux malades contagieux et éviter ainsi de risquer la vie des personnels soignants.

Et cette tendance est fortement probable. Mais la crise actuelle n'a là qu'un effet d'accélérateur tant la tendance était lancée depuis une bonne décennie maintenant. Tous les chercheurs et économistes travaillent sur la question depuis longtemps et cette évolution semble inéluctable et le COVID-19 ne fait confirmer la nécessité et les bénéfices de l'automatisation.


Alors certes l'automatisation du travail détruit des emplois. Certaines études montrent que ces pertes sont compensées par la création de nouveaux emplois mais, globalement, on ne peut que constater que les robots prennent nos emplois.

Et comme l'illustre parfaitement Max Tegmark dans son ouvrage "Life 3.0", si la révolution industrielle a sonné le glas du cheval comme outil majeur de production industrielle et agricole, la révolution numérique a fait de l'humain le cheval du XXIème siècle.
A ceci près que le cheval n'a pas eu conscience de son "limogeage" et n'a eu aucun moyen de s'y opposer.

Et comme l'illustre parfaitement Max Tegmark dans son ouvrage "Life 3.0", si la révolution industrielle a sonné le glas du cheval comme outil majeur de production industrielle et agricole, la révolution numérique a fait de l'humain le cheval du XXIème siècle.

A ceci près que le cheval n'a pas eu conscience de son "limogeage" et n'a eu aucun moyen de s'y opposer.


L'homme a conscience de la tendance à l'automatisation. S'y opposer semble aussi pertinent que les "luddites" du XIXème siècle. Mais nous avons la possibilité de tourner la situation en opportunité.

Il ne faut pas s'étonner si, ces dernières décennies, les marchés du spectacle, des arts, du sport et des loisirs a connu une telle croissance. Les baby boomers nous diront que c'est parce que les millénials sont plus fainéants qu'eux au même âge. Et les études nous démontreront que tout simplement l'automatisation a permis de libérer des emplois basiques “automatisables” pour permettre à tout un chacun d'exercer des activités qui ont plus de sens, d'intérêt et d'élément créatif.


Bien sûr, nous ne pourrons pas faire de tout le monde des artistes, des sportifs professionnels ou des ingénieurs en intelligence artificielle. Si les nouvelles générations pourront être éduquées de façon à répondre aux emplois à venir, ceux déjà sur le marché ne pourront pas tous se ré-orienter. La question sera donc, à la lumière de cette crise, comment ré-organiser notre travail?

L'automatisation oriente les humains vers moins d’emplois d’usine et plus de travail de bureau. Dès lors nous avons la possibilité (le choix?) de travailler plus longtemps car nos emplois deviennent de moins en moins pénibles.

La gestion du temps de travail devra également être étudiée. Car il est fort probable que, à la lumière de cette crise, beaucoup de salariés ont pu réaliser leurs tâches quotidiennes sans être enfermés 8 heures au travail, ouvrant ainsi la porte à des économies de structure pour les entreprises qui pourraient investir dans de nouveaux emplois ou dans l'externalisation de certaines tâches sur lesquelles elles étaient plus réticentes à investir dans le passé (communication, légal, R&D).


Et, au pire, on peut compter sur l'imagination humaine pour créer de nouvelles activités et s'atteler à inventer de nouveaux talents, de nouvelles idées, de nouvelles tâches. Et dans ce cadre, l'automatisation, couplée au revenu universel, nous permettra de libérer la fourniture de nos besoins fondamentaux et d'assurer la continuité de production pour permettre à chacun de se focaliser sur la valeur première du travail qui est d'apporter du sens et du contenu à sa vie sans avoir à lutter pour sa survie.


La crise actuelle nous pousse à envisager le travail de façon beaucoup plus flexible que par le passé. Pendant trop longtemps le travail était vu comme la nécessité de se déplacer tous les matins pour s'asseoir dans le même bureau pendant 8 heures non stop. Sans chercher à savoir si ce qu'on y faisait était productif et avait un sens (et là encore le terrible constat des "bullshit jobs" est venu jeter un froid sur la situation). Le COVID-19 nous a appris que l'on pouvait travailler et s'occuper de ses enfants, être à la maison tout en gérant des réunions... Si l'on est capable de faire cela, ne serait-on pas capable d'être plus flexible sur la définition des rôles, des horaires...?

Un capital collaboratif

Mais bien évidemment certains diront: même en relocalisant la globalisation, même en réorganisant le travail, certains tâcheront encore d’en tirer parti pour eux avant tout et au final ce sont les fonds de pension qui gagneront!

Très probablement.


Sauf à revoir la façon dont nous intéressons les parties prenants et la construction du capital des sociétés. Et notamment des grandes sociétés de type multinationales.


En l’état actuel de notre monde, une société se crée par la bonne volonté et la bonne idée de quelques personnes qui, une fois l’idée montée et testée, se font soutenir par des investisseurs qui les aident à se développer. Lorsque l’entreprise atteint un seuil critique (à savoir qu’elle devient susceptible de générer du profit), elle attise la convoitise de sociétés financières qui investissent pour générer un maximum de profit pour leurs actionnaires.

C’est simplifié, mais l’idée est là.


Et c’est à ce moment que bien souvent, l’entreprise cesse de se focaliser sur sa mission première et préfère se focaliser sur la recherche de profits.

Et quand l’entreprise se focalise sur le profit, elle laisse un peu de côté son éthique (V. Le cas de Boeing récemment), soit elle laisse un peu de côté l’environnement, l’intérêt des salariés… Et l’on licencie à tour de bras, on pollue les communautés…

Parce que bien souvent les actionnaires de ces sociétés:

  • Soit ne savent même pas qu’ils sont actionnaires des dites sociétés (c’est le cas des fameux fonds de pension qui ne sont au final que des retraités souhaitant conserver leur niveau de vie après des décennies de labeur) et n’utilisent pas leur pouvoir d’influence pour changer des décisions qu’ils n’approuveraient certainement pas,

  • Soit savent qu’ils sont actionnaires mais ne subissent de toute façon pas les impacts des décisions qu’ils font prendre à la compagnie.

Pourtant, quand on jette un oeil à l'histoire, on se rend compte que le fonctionnement des sociétés tel qu'on le connaît aujourd'hui (où ceux qui investissent et prennent des risques sont rémunérés en conséquence) est bien plus ancien que la logique spéculative du capitalisme moderne. Elle date en fait de l'antiquité et des aventures maritimes qui ont permis le développement du commerce dans la Méditerranée ou dans l'Atlantique côtier.

On retrouve ce système également dans le monde de la pêche. Depuis des générations, chaque marin pêcheur reçoit une part conforme au rôle joué dans l'aventure et le risque prit.

On trouve un système similaire dans le monde de la piraterie des XVIIème et XVIIIème siècle où les pirates se distribuaient leur butin en fonction de leur ancienneté, du risque pris, du nombre de membres perdus…

Finalement, l'esprit entrepreneurial et la prise de risque pour innover ou aider chacun à gagner sa vie aurait presque des accents anarchiques qui dénotent grandement de la façon dont ce concept est aujourd'hui utilisé par de nombreuses organisations ou systèmes en place.

Finalement, l'esprit entrepreneurial et la prise de risque pour innover ou aider chacun à gagner sa vie aurait presque des accents anarchiques qui dénotent grandement de la façon dont ce concept est aujourd'hui utilisé par de nombreuses organisations ou systèmes en place.

La stratégie est donc de reconnecter les propriétaires de ces entreprises (les actionnaires) avec les communautés qu’ils impactent.

Sans quoi, comme le révèle la crise du COVID19: les personnels soignants voient leur salaire baisser en pleine crise, les patrons les plus riches organisent des levées de fonds via du crowdfunding pour payer leurs salariés, certains actionnaires (dont certains sénateurs des Etats Unis) profitent d’information sur l’arrivée prochaine de la crise pour vendre leurs actions dans un cas d’école de délit d’initié, ou certains gendres de présidents profitent de la situation pour aider les entreprises de leur amis qui fabriquent du matériel médical.


On peut se demander s’il en aurait été de même si les actionnaires des hôpitaux étaient les patients…


Dès lors, la crise nous pousse à réfléchir sur des méthodes pour permettre aux “stakeholders” (à savoir les communautés liées plus ou moins directement aux activités des entreprises) de devenir des “shareholders” (actionnaires).

Dans ce cadre, il pourrait être envisagé d’avoir des régimes juridiques qui prévoient l’évolution de la structure capitalistique en fonction de la taille de l’entreprise:

  • Au démarrage de l’entreprise pourrait être envisagée une certaine liberté dans la composition de l’actionnariat: le risque est grand, l’intérêt limité et restreindre les règles d’accès pourrait tuer l’idée dans l’oeuf. Comme les pirates des temps anciens, les aventuriers de l’innovation joueraient principalement avec ceux qui croient en leur potentiel et leurs grands rêves.

  • Lorsque l’entreprise gagne en taille et en profitabilité (donc en impact réel sur la communauté, tant en positif que négatif): l’actionnariat aurait à intégrer un pourcentage défini de groupes de consommateurs. Par exemple, en achetant votre iPhone vous détiendriez une ou plusieurs actions dans la société Apple pour participer à la prise de décision et ainsi influencer (en regroupant les intérêts de consommateurs) les évolutions à venir. Comme les marins pêcheurs, ceux qui participent (en finançant la production et en étant un maillon essentiel de la chaîne de distribution) bénéficient a minima du résultat obtenu et ont voix au chapitre.

  • Lorsque l’entreprise devient une entreprise globale et qu’elle peut devenir un monopole de facto ou pire (comme Amazon par exemple): l’actionnariat devra intégrer des représentants de l’ensemble des pays où elle est présente ainsi que des différentes organisations non gouvernementales qui plaident pour l’environnement, le droit des travailleurs, la transparence fiscale… Comme les armateurs, propriétaires et marchands de Venise qui avaient tous un intérêt commun à s’assurer que l’aventure maritime se passe au mieux et avec le moins de conséquences possibles pour éviter la ruine des uns et des autres à long terme.


Avec un tel système:

  • En intégrant les organisations à but non lucratif qui oeuvrent pour les communautés, on les intéresse directement et elles disposent alors non seulement de leviers d’actions mais en plus de moyens de se financer via ceux qui sont en risque d’être les pollueurs,

  • En integrant les différentes parties prenantes on limite en préalable les tentatives de contournement des obligations juridiques, fiscales, sociales, environnementales de l’entreprise et on permet à chacun d’avoir voix au chapitre pour éviter que des masses financières importantes ne profitent qu’à de petites minorités.

  • Et de façon générale on maintient le lien entre l’entreprise et sa communauté immédiate pour éviter des décisions qui, si profitables à court terme pour certains, sont préjudiciables à long terme pour beaucoup.


Dans l'optique de centres de productions localisés et de réseaux de partages décentralisés, comme évoqué dans les points précédents, on pourrait également considérer que les centres créateurs intègrent dans leur capital de départ les membres de leurs réseaux, et que, localement, chaque membre du réseau intègre ses propres "stakeholders".

L'objectif final de cette idée est bien de faire revenir l'entrepreneuriat à ses origines pirates et aventurières: ceux qui prennent un risque (matériel ou financier) ou qui ont un intérêt à l'aventure sont ceux qui participeront aux décisions et qui en tireront les fruits.

Et le contre objectif est bien de faire en sorte que ceux qui ne prennent aucun risque et qui ne cherchent qu'à servir leur intérêt individuel à court terme, au détriment de la collectivité, ne puissent plus bénéficier des avantages du système.


*****


Bien évidemment, ce ne sont là que quelques solutions et il y a très certainement beaucoup d'autres questions à envisager, beaucoup plus de granularité à développer.

Mais ce sont celles qui paraissent les plus évidentes à la lumière de la crise que nous vivons et surtout celles qui paraissent être les plus à même de construire la résilience de nos économies et de nos sociétés en:

  • évitant que chaque individu soit soumis trop directement aux risques naturels de plus en plus présents, et que sa survie soit dès lors liée à la générosité des uns et des autres, ce qui reste un non sens social et humain évident,

  • s'assurant que personne ne favorise son intérêt personnel au détriment de l'intérêt général,

  • faisant en sorte que notre communauté si connectée virtuellement et physiquement puisse, tel un blob, se reconstruire ou survivre partiellement même coupée du monde,

  • garantir que, au quotidien, l'ensemble de nos organisations agissent conformément à une vision à long terme, inclusive et éthique, car chaque partie prenante aura un droit de regard qui évitera d'attendre la survenue d'une crise pour constater les problématiques et carences.


Pour accéder à l'article avec les références et notes de bas de page: https://6950dc6e-be0c-4889-9a74-bfd6c0a76669.usrfiles.com/ugd/6950dc_dd8d8e2fba094c9faf53a971d067c801.pdf

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